4 leçons de vie tirées de La mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï

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Un peu de contexte pour commencer

La mort d’Ivan Ilitch est une longue nouvelle – ou court roman – de 80 pages, écrit par le célèbre auteur russe Léon Tolstoï.

Tolstoï, comme son compère Dostoievski, est connu pour son intérêt, ainsi que pour sa finesse d’analyse, pour ce qui a trait à la nature et la psychologie humaine.

Je vous invite à vous intéresser à la vie de l’auteur de Guerre et paix, celle-ci permettant de mieux comprendre ces romans et essais.

Mais ce qu’il faut savoir pour apprécier ce qui va suivre est que Tolstoï était quelqu’un qui s’est longtemps posé la question du “comment vivre” et du rapport à la mort.

Allant, dans la deuxième moitié de sa vie, jusqu’à se séparer de nombre de ses possessions après avoir obtenu le succès, fondant une école et essayant de vivre une vie plus simple.

Nous avons donc affaire à un auteur puisant énormément dans son vécu, analysant ses contradictions internes et externes, essayant à travers différentes expériences de trouver une forme de paix intérieure.

La mort d’Ivan Ilitch

Ce court roman se concentre sur la fin de la fin d’Ivan Ilitch, un magistrat russe d’une quarantaine d’années vivant au XIXe siècle.

Le titre ne laisse pas de doute sur le sujet central du roman : nous allons rentrer dans la tête d’un homme qui se rend compte qu’il va mourir prochainement.

De plus, dès les premières pages, nous avons le droit à un “flash forward” avec une scène présentant ses collègues découvrant dans la presse la mort de “leur ami”.

S’ensuivra une discussion entre ces personnages et leur discours intérieurs respectifs.

Nous avons ainsi dès l’ouverture, une vision d’un Toltsoï qui cherche à nous montrer que la mort de l’autre nous ramène à notre propre vie mais surtout qu’elle nous ramène à notre individualisme (“ouf ce n’est pas moi qui suis mort”, “quel impact cela va-t-il avoir sur ma carrière ?” …)

Passé ce flash forward, nous revenons à la vie d’Ivan Ilitch et aux événements qui vont le conduire à une mort prématurée.

Plutôt que de vous raconter l’histoire, je vais vous la présenter à travers 4 leçons que j’en retire.

4 leçons sur la vie et la mort d’Ivan Ilitch

1- Ne pas vivre selon les attentes des autres

Ivan Ilitch est un homme brillant et cultivé. Son enfance, adolescence et le début de sa vie d’adulte lui confèrent un certain bonheur, il est épanoui.

Après ses études de droit, il se dirige vers une carrière de magistrat est se rend compte très vite que son ambition nécessite de comprendre les dynamiques sociales de ce milieu.

Dès lors, il va se mettre en quête de trouver des moyens de plaire à ses supérieurs et c’est ainsi qu’il décida de se marier avec une femme qu’il rencontra. Celle-ci correspondant parfaitement à ce qui pourrait être valorisé – selon lui – dans ce milieu social.

Ce choix “fait par et selon les autres” est le premier d’une série qui va le conduire à vivre la vie ‘“d’un autre”.

Rapidement, il constate que son mariage va l’obliger à vivre différemment de ce qu’il avait aspiré avant celui-ci.

Non épanoui dans sa vie d’homme marié, il se réfugia dans le travail, le jeu, les acquisitions matérielles.

Au-delà d’une critique du mariage – pouvant rappeler l’autre nouvelle de l’auteur, La sonate de Kreutzer, nous avons ici une illustration de l’impact sur la vie d’une personne, que peut avoir un choix, une décision prise pour mauvaises raisons.

Surtout lorsque celle-ci n’est pas remise en cause par la suite avec une capacité introspective.

2 – Arrêter de “vivre comme un immortel”

Après avoir chuté d’une échelle, lorsqu’il était en train d’orner son salon qu’il avait décidé de décorer pour “faire aristocrate” et mimer ce qu’il pensait être l’appartement typique d’un homme de goût russe.

Ivan Ilitch va ressentir une douleur latente qui va s’intensifier tout au long de l’intrigue.

Son état va se dégrader, sans pour autant que les docteurs soient en mesure de découvrir la source du mal.

En parallèle, notre protagoniste va commencer à prendre peur et rejeter l’idée que sa situation pourrait l’amener à disparaître.

D’un côté il se met à penser (sans doute pour la première fois de sa vie) à la mort, sans pour autant considérer que celle-ci peut le concerner.

La mort est toujours l’affaire des autres.

De ces pensées non assumées va naître les prémisses d’une prise de recul sur la manière dont il a conduit sa vie.

“Ai-je vécu comme je le devais ?”

C’est la classique remise en question que l’on peut avoir, malheureusement trop tard dans bien des cas.

C’est à ce moment que les regrets commencent à remonter à la surface de son esprit et que l’âme perçoit avec plus de clarté “comment vivre sa vie”.

Ce n’est pas anodin que l’un des principes fondateurs de certains philosophes, depuis l’exemple de la mort de Socrate, est de considérer que cette discipline soit d’abord un exercice de la mort “philosopher c’est apprendre à mourir”, permettant ainsi de vivre avec à propos.

3- La rate race n’est pas une malédiction moderne

La rat race ou cette fameuse course du hamster ne s’arrêtant jamais de se démener dans sa petite roue.

Espérant avancer vers un objectif qui devrait lui permettre d’atteindre l’objectif qui va “enfin” lui permettre de vivre sa vie comme prévu.

Avec Ivan Ilitch, nous avons affaire au parfait exemple d’un homme victime de cette course sans fin, sans ligne d’arrivée.

Un homme dont les signaux apparents font croire que nous avons affaire à un homme ayant “réussi sa vie” mais qui intérieurement à l’impression d’être passé à côté de celle-ci.

En se remémorant sa vie, il se rend compte que ses jours les plus heureux furent ceux de son enfance et adolescence. La suite ne fut qu’une succession de quêtes matérielles et statutaires.

Même lorsqu’il finissait par apprécier sa situation : dans son travail, une ville, un groupe d’amis. L’augmentation constante de son niveau de vie et de ses besoins l’obligeait à toujours chercher plus d’argent.

Ce qui nécessitait d’obtenir un poste plus prestigieux et donc de travailler plus, de faire des concessions, de la “politique interne” et de déménager dans une ville plus grande.

Ivan Ilitch ne s’est jamais arrêté de courir dans la roue qu’il s’était construit.

Ce schéma ne pourra que faire écho à celui que nous reproduisons encore et encore à notre époque.

4- Une recherche de liens et de simplicité

Quelques mois après l’élément déclencheur que fut la chute de l’échelle. L’état d’Ivan Ilitch s’aggrave. La douleur ne le quitte plus. Sa peur de la mort s’intensifie et il se sent de plus en plus seul et incompris par son entourage.

En effet, il a l’impression que sa femme et sa fille ne comprennent pas ce qu’il traverse et qu’il est un poids pour elles.

Les problèmes et les tensions avec sa femme ne font que s’intensifier. L’incompréhension dans le couple qui dure depuis des années ne trouve pas la paix que les deux personnages souhaiteraient pourtant rétablir.

Ici, on se rend compte qu’Ivan Ilitch n’est plus à la recherche d’ornements ou autres récompenses sociales.

Il se met pour la première fois de sa vie à rechercher des choses simples : de la compréhension, de l’affection, du soutien émotionnelle et de la présence physique.

Comme lors du début du roman avec ses collègues, on se rend compte de l’individualisme dont nous pouvons faire preuve à travers la représentation de sa famille dont les membres ne peuvent s’empêcher de penser avant tout à leur propre personne.

Ne trouvant pas (ou considérant ne pas le trouver) du côté de sa famille. Il va trouver le réconfort via son majordome qui va l’accompagner dans ces moments de douleurs et souffrances aussi bien physiques qu’existentielles.

Les discussions avec cette personne – avec qui il n’avait sans doute jamais créé de lien auparavant – va l’aider à s’apaiser et à petit à petit mieux accepter son sort jusqu’à la fin de son histoire.

Pour conclure

En écrivant ce texte, je me dis que les leçons peuvent paraître simplistes ou même évidentes.

Est-ce le cas ? Je ne sais pas, mais il me semble qu’elles restent utiles à étudier.

Nous pouvons nous rendre compte avec ce court roman que nous faisons tous face aux mêmes problèmes.

Que les solutions pour remédier à ceux-ci sont simples (mais non moins faciles !).

Il y a des raisons compréhensibles qui font qu’on soit tous plus ou moins sujets à vivre selon les autres. Nous avons nos raisons qui nous font accepter la rat race, à mettre loin de nous l’idée de la mort et faire l’inverse de ce qui nous aiderait à bien vivre dans bien des cas.

C’est pourquoi, la morale de ce roman est une nouvelle confirmation d’une conviction que je peux avoir.

Bien vivre n’est pas naturel, cela s’apprend.

Bien vivre notre vie est un exercice auquel nous sommes tous confrontés mais que nous ne prenons pas souvent avec le même sérieux que nos carrières professionnelles par exemple.

Ce livre et mon petit essai qui l’accompagne sont des rappels de ce que nous allons manquer si nous restons dans ce mode “par défaut”, cet aveuglement sur nos manières de conduire nos vies.

Cet apprentissage de la vie et de la mort doit nous permettre de quitter la scène de l’existence avec une certaine sérénité.

Celle d’un homme ou d’une femme pouvant se dire “Je suis repu, j’ai bien vécu”.

Je termine cet essai sur la citation tirée du roman qui a déclenché en moi l’envie d’écrire ce texte.

Qu’arrivera-t-il si toute ma vie, ma vie consciente, n’a pas été ce qu’elle devait être ? – Ivan Ilitch / Léon Tolstoï.

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