8 leçons apprises avec le podcast Dans la tête d’un VC

Temps de lecture : 8 minutes
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En juin 2019, j’ai lancé un podcast sur l’investissement en startup : Dans la tête d’un VC. Pour être plus précis, c’est un podcast sur le Venture Capital et ses acteurs en France.

J’ai maintenant publié plus de 20 épisodes, soit autant de VC rencontrés durant cette période (et même bien plus en réalité).

On peut considérer que le portefeuille d’un investisseur de startups commence à être diversifié à partir d’une vingtaine d’investissements. 
De la même manière, mon échantillon d’épisodes commence à être suffisamment significatif pour dresser un premier bilan de ce que j’en retire.

Mais avant de vous partager ces leçons : Pourquoi avoir lancé ce podcast ?

Le VC m’intéressait déjà depuis quelques années pour deux raisons :

  • J’ai dû lever des fonds avec ma startup en 2016 et 2017. Je m’étais donc documenté et éduqué sur le sujet en lisant des blogs de VC principalement américains. 
  • J’ai toujours été impressionné par la qualité des analyses et la curiosité des  blogueurs VC américains (Fred Wilson, Brad Feld, Ben Horowitz, Mark Suster). La diversité des sujets abordés par ces personnes me donnait envie d’en savoir plus sur ce métier. 

Au début du printemps 2019, on m’a proposé de travailler sur un projet de création d’un fonds d’investissement.

Emballé par l’idée et la perspective de pouvoir co-créer un fonds, j’ai réfléchi à un moyen de parfaire mon éducation en parallèle, en sachant qu’un fonds qui arrive à trouver les financements nécessaires va mettre en 12 et 24 mois pour les obtenir.

C’est la que m’est venu l’idée de lancer Dans la tête d’un VC.

Le podcast est un des meilleurs prétextes pour rencontrer du monde (quand on est pas journaliste), il permet d’apprendre et de partager ses conversations tout en bénéficiant de l’expertise de ses invités pour progresser mais aussi pour augmenter son expertise perçue.

Un plan win-win-win.

Fin juin 2019, je publiais le premier épisode avec Boris Golden.

Et maintenant, voici 8 leçons que m’ont appris ces 20 premiers épisodes de Dans la tête d’un VC 

1/ Ne jamais oublier que la mission principale d’un VC est … d’investir

Captain obvious ? Oui et non. On a vite fait d’oublier cette évidence aussi bien du côté des entrepreneurs (avec leurs attentes) et du côté des VC (avec le marketing, le positionnement, la thèse, le support etc).


Le travail d’un VC est d’abord d’investir au mieux le capital de ses LP’s (Limited Partners : les institutions ou personnes qui investissent dans les fonds) et de leurs faire gagner de l’argent. 

Boris Golden explique très bien le métier de VC dans le premier épisode du podcast et beaucoup de mes invités rappellent cet état de fait important. 

2/ Que le chemin pour devenir Partner d’un fonds d’investissement va prendre entre 5 et 10 ans

Les fonds sont pour la grande majorité des petites structures. Elles sont relativement horizontales ce qui permet aux juniors (analyste et associate) d’apprendre au contact des seniors (principal, partner, general partner). 

Il y a tout un panel de compétences qui s’acquiert seulement avec l’expérience nécessitant donc du temps.

C’est pour cela qu’il est important de commencer humblement sur des postes “juniors” quand vous entrez dans un fonds d’investissement.

Au mieux, une personne expérimentée à travers d’autres industries pourra rejoindre un fonds en tant que Principal.

Audrey Soussan de chez Ventech en parle très bien dans son épisode. Elle a occupé tous les postes ces dix dernières années, d’analyste à General Partner.

 Martin Mignot de chez Index Ventures est un autre exemple d’investisseur qui est passé d’analyste à Partner en 5-6 ans. 

3/ Que la plupart des nouveaux fonds d’investissements sont créés par des VC expérimentés, il y a peu de vrais nouveaux entrants.

Lever de l’argent pour créer un nouveau fonds est très difficile. Sans track record l’exercice est presque impossible.

Le seul moyen est de lever un micro fonds avec des particuliers (un fonds de 1M€ à 20M€) pour démontrer sa valeur et développer son track record.

Pour les fonds d’une taille plus significative, ils sont souvent lancés : 

  • en tant que spin off d’un autre fonds comme par exemple les fonds Frst et Eutopia créés par des anciens d’Otium Capital
  • par des General Partners qui étaient déjà des VC avec un bon track record. 

Les alternatives peuvent être : 

  • co-créer un fonds avec un VC expérimenté et apporter une plus value malgré l’absence de track record. C’est ce qu’a réussi à faire l’excellent Harry Stebbings, animateur du podcast 20 minutes VC et qui a cofondé le fonds Stride avec Fred Destin (ex d’Accel Partners) 
  • créer un club d’investissement avec des business angels pour commencer à co-investir tout en ayant un rôle qui peut se rapprocher du VC. C’est ce que fait par exemple Gabriel Jarrosson avec son club Leonis Investissement ou ce que j’avais personnellement fait avec First Ticket Capital (que j’ai mis en pause depuis quelques mois). 

4/ Il y a pléthore de fonds early stage mais le growth et late stage ne sont pas encore matures. Mais ca arrive !

L’écosystème français a évolué depuis 6-7 ans.

Le nombre de startups et surtout le niveau des entrepreneurs, des fondateurs de startups a explosé. L’écosystème est de plus en plus éduqué grâce à des initiatives comme la chaîne Youtube de The Family qui publie ses vidéos éducatives depuis 2013.

La mise à disposition de la connaissance, des bonnes pratiques à permis à de nombreux entrepreneurs (dont je fais parti) de développer leurs startups d’une manière plus “scientifique”.

Cette croissance du nombre et de la qualité des projets a permis et justifié l’émergence de nouveaux fonds d’investissements.

Logiquement, la majorité des fonds se sont concentrés sur l’amorçage, l’early stage ( pre-seed/seed et sur la series A).

Le growth (series B) et plus encore le late stage (series C,D,E et plus si affinités) sont en cours de construction. Ce sont les derniers étages de la fusée qui va nous permettre de créer des géants européens/mondiaux.

Il y a des initiatives du gouvernement pour accélérer la construction de ces briques manquantes comme l’explique le rapport Tibi, évoqué dans l’épisode avec Matthieu Lattes de White Star.

Et il y a des nouveaux fonds de growth comme celui d’Elina Berrebi qui a cofondé Gaia Capital en 2018.

5/ Qu’il faut savoir que le VC est un métier qui peut devenir répétitif

Le métier de VC permet de rencontrer de nombreux entrepreneurs avec des compétences et personnalités diverses et des startups opérants dans des marchés différents.

En revanche, le métier de VC est répétitif.

Comme nous l’explique très bien Clément Vouillon, ancien de chez Point Nine Capital. Une fois que l’on est Partner ou General Partner on a vu l’ensemble des tâches, des fonctions du métier.

Le travail reste toujours le même, vous avez beau trouver puis accompagner une startup jusqu’à un exit en milliards. Le lendemain, vous retournerez analyser des startups.

Vous allez dire “ Bah oui, c’est un peu le même principe dans tous les métiers ?” C’est possible. Mais il y a un domaine dans lequel ce n’est pas le cas : les startups.

Admettons que le VC soit un jeu allant du niveau 1 au niveau 10. Le niveau 1 représente l’analyse d’une startup et le niveau 10 celui d’un exit ou autre événement de liquidité. Le jeu se situe toujours entre le niveau 1 et 10.

Dans une startup, on part également du niveau 1 mais à la différence du VC, il n y pas de cap.

La startup va constamment devoir apprendre de nouvelles choses, elle va vivre des situations différentes tout du long de son histoire, que ce soit en phase de croissance ou dans des périodes compliquées comme nous vivons actuellement avec cette crise sanitaire.

C’est un élément à prendre en compte avant de vous lancer dans le VC.

C’est un milieu différent de celui des startups même si ceux-ci communiquent et travaillent ensemble. 

6/ Que je préfère les stratégies d’investissements fondées sur le volume et les statistiques

Alors j’ai certainement un biais avec mon passé de joueur de poker pour qui une stratégie de mise ou d’investissement est pensé de cette manière :

  •  une maximisation de  l’espérance de gain à long terme (investissement dans une startup) 
  • avec un volume de jeu significatif permettant de réduire le risque global (diversification du portefeuille). 

C’est pour ça que j’aime la philosophie – peut être extrémiste – de Kima Venture qui investi dans 100 startups chaque année ! Réécoutez l’épisode avec Jean de la Rochebrochard, j’essaye quand même de le challenger sur ce sujet.

Si j’avais un fonds de seed ou de series A. Je viserais un nombre de 25 à 30 investissements. (Note : J’ai la même stratégie en tant que business angel : mon but est d’investir dans 30 à 50 startups en 5-8 ans)

J’aime moins la stratégie des fonds (ou des business angels) qui investissent de manière plus concentrée (entre 10 et 15 lignes par exemple). 

C’est également le cas pour des fonds de “growth” qui investissent en series B. Ceux ci vont faire moins d’investissement et le justifier par le caractère moins risqué de leurs investissements, cela étant dû au timing de l’investissement qui est plus tardif que les fonds early stage. Certains de ses fonds prévoient moins de 10 investissements, ce qui me parait trop peu.

L’autre argument des fonds avec des portefeuilles concentrés consiste à aider suffisamment chacune des boîtes de son portefeuille pour augmenter leurs probabilités de réussites.

Cette apport justifierait la concentration des investissements. Personnellement, je trouve que c’est surestimer l’impact potentiel de son apport.

Cependant, il y a des fonds qui fonctionnent très bien avec cette stratégie comme peut nous le prouver Kerala et l’épisode avec Marc Laurent. 

7) Qu’il est important de se spécialiser dans le support aux startups

Plus haut, j’ai rappelé que le VC a avant tout vocation à investir. Mais une fois qu’il a investi, il essaye d’accompagner au mieux ses startups.

Il y a une multitude de sujets sur lesquels les startups ont des besoins. C’est compliqué et mensongé  pour un fonds de promettre à ses startups de pouvoir les aider sur tous les sujets. Il y aura soit un manque de compétences sur certaines thématiques ou un manque de temps/ressources.

La meilleure stratégie, selon moi, est de trouver un angle, un sujet primordial en accord avec la thèse du fonds (et donc de la typologie des startups) et de se concentrer dessus.

Kerala aide ses startups à recruter des employés clés (Talentletter et First20), Red River West aide ses startups à se lancer aux USA, Kima mets à disposition son réseau et profite du nombre élevé de startups pour créer de l’intelligence collective.

8/ La plupart des VC sont passionnés par les entrepreneurs

Peut être que certains en doute. Mais je l’ai véritablement ressenti pendant mes entretiens pour Dans la tête d’un VC.

Audrey Soussan en est la personnification. Sa passion pour les entrepreneurs est communicatrice.

Sur l’échantillon de VC que j’ai rencontré depuis le début du podcast j’ai 2 personas qui se dégage : 

  • le VC qui a essayé d’entreprendre, qui a vu par lui même la difficulté de ce métier et qui a un profond respect pour les entrepreneurs
  • le VC qui a commencé par des jobs dans la finance (banque, LBO, private equity) et qui souhaite accompagner des projets plus tôt et donc vivre des aventures au côté d’entrepreneurs

Ces deux personas que j’ai le plus souvent rencontré ont donc tendance à respecter les entrepreneurs.

Ce n’est pas toujours le cas évidemment. Il y a des fonds ou des investisseurs qui ne respectent pas toujours les entrepreneurs ou  qui ont des comportements néfastes pour “leurs” startups.

Cependant, j’ai la naïveté de croire que l’écosystème est de plus en plus bienveillant avec l’arrivée de la nouvelle vague de VC.

C’est d’autant plus vrai maintenant que la compétition entre les fonds est forte, que le rapport de force s’est équilibré entre les VC et les startups, la connaissance est maintenant plus accessible pour les startups sur ces sujets d’investissements et la réputation est très importante dans ce milieu (et celle-ci peut vite être impactée de nos jours). 

Voilà donc une partie des leçons que je retiens après 20 épisodes de Dans la tête d’un VC.

J’ai écris cette article pendant le confinement dû au Covid-19.

C’est une période difficile pour tout le monde, dont l’écosystème startups.

Certains éléments que j’ai avancé dans cet article seront peut être à revoir avec les ajustements obligatoires que va entraîner cette crise sanitaire. 

L’écosystème va forcément se retrouver impacter et modifier par cette crise (comme toute notre économie). 

Vous pouvez continuer à écouter ou réécouter les épisodes de Dans la tête d’un VC pendant et après le confinement.

N’hésitez pas à me solliciter si vous souhaitez réagir à mes propos.

Prenez soin de vous ! 

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