Chapitre 4 — Principe #2 : Agissez sur ce qui dépend de vous et acceptez ce que vous ne pouvez pas contrôler
Stéphane et le problème du contrôle
Stéphane est constamment anxieux. Il regarde les chaînes d'information en continu. Il a l'impression que le monde va très vite. Trop vite. Il est pris par la complexité d'un monde et d'une société qui ne font qu'accélérer.
Stéphane a déjà du mal à se gérer lui-même. Il est souvent déprimé. Ce qui cause de la procrastination et de l'apathie. Il a des pensées négatives qui tournent en boucle. Sa vie est à l'arrêt. Il manque de fondations solides sur lesquelles s'appuyer pour bâtir sa vie : valeurs, objectifs, projets, etc. La vie avance, les années passent et semblent échapper à son contrôle. En parlant de contrôle, justement, Stéphane ne sait pas distinguer ce qui dépend de lui de ce qui n'en dépend pas. Il a peur de perdre son job ou que sa femme ne le quitte du jour au lendemain. Il s'inquiète pour son futur sans pour autant agir pour le rendre meilleur.
Pour oublier son anxiété, il succombe à ses désirs incontrôlés. Il passe bien trop d'heures sur son téléphone, à jouer aux jeux vidéo et à consommer du porno.
Il vit à une époque qui donne accès à une myriade de désirs qui semblent à portée de main. Certains sont accessibles, d'autres ne le sont pas. Mais peu importe, il a l'impression de pouvoir les obtenir, qu'il suffit de tendre la main ou de cliquer sur un bouton.
Il est exposé à de la publicité en continu. Il a la capacité de se faire livrer un bien de consommation en quelques heures. Il voit les hommes et les femmes les plus attirants physiquement sur Instagram. Il regarde sur YouTube des individus réaliser des prouesses hors normes dans tous les domaines imaginables.
Le désir n'est plus régulé à notre époque. Le marché du désir est hors de contrôle, il s'étend, se multiplie, passe par tous les canaux réels et virtuels.
Comment vivre heureux et serein dans ces conditions ? Qu'est-ce que Stéphane peut vraiment obtenir ? Qu'est-ce qui va lui procurer sens et satisfaction ? Qu'est-ce qui dépend de lui et que doit-il accepter comme étant hors de son contrôle ?
La dichotomie du contrôle d’Épictète
Ce principe puise son origine dans la philosophie stoïcienne, une école de pensée et de vie datant de l'Antiquité gréco-romaine. « Il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui ne dépendent pas de nous » : la citation nous vient d'un manuel1 écrit par l'élève d'un ancien esclave devenu philosophe : Épictète (50-125 après J.-C.).
Épictète a reçu la permission de son maître de suivre des cours de philosophie. Libre à l'âge de 30 ans, il fonda quelques années plus tard son école de philosophie basée à Chypre qui fut rapidement l'une des plus prisées de l'Empire romain.
L'idée centrale d'Épictète est d'avoir conscience que nous pouvons séparer tout ce qui nous arrive en deux catégories : les choses qui dépendent de nous et celles qui n'en dépendent pas, ce que nous appelons maintenant la « dichotomie du contrôle ».
C'est le précepte le plus important du stoïcisme. Il a pour but de nous faire accéder à la sérénité et à la liberté en dépit des épreuves que la vie mettra sur notre chemin.
Contrairement au sens moderne que nous donnons à l'expression « être stoïque », qui sous-entend qu'une personne est en mesure de réprimer ses émotions ou de ne pas en avoir, être stoïcien, c'est être empereur de nos émotions, de les comprendre, d'en tirer le meilleur. C'est ainsi que nous devenons libres.
Revenons au précepte d'Épictète. Qu'est-ce qui dépend de nous ? Qu'est-ce qui n'en dépend pas ?
Ce qui dépend de nous est tout ce qui concerne notre vie intérieure :
- nos pensées,
- nos jugements,
- notre volonté,
- nos réactions aux événements.
Alors que ce qui ne dépend pas de nous correspond au reste, comme :
- notre mort,
- les actions des autres,
- les événements mondiaux,
- le résultat du match de notre équipe de football favorite.
Notre malheur est de passer plus de temps à nous préoccuper et à nous inquiéter de choses qui ne dépendent pas (entièrement) de nous et de perdre de vue ce qui en dépend.
Vivre en accord avec des valeurs cardinales
Épictète et les stoïciens vont d'ailleurs plus loin avec leur définition du bonheur et le moyen de l'atteindre. Tout commence par la distinction entre ce qui est bien ou mal selon eux.
Il n'y a de bien et de mal que dans ce qui dépend de nous : le bien, c'est la vertu ; le mal, c'est le vice. Cette distinction du bien et du mal chez les stoïciens est ce qui leur permet de se concentrer sur les vertus, qui sont à l'équilibre entre deux vices représentant un manque ou un excès de la vertu « équilibrée ».
La vertu est un terme qui peut être associé à celui de « valeur » à notre époque, mais en lui ajoutant une dimension d'excellence. La vertu, c'est essayer d'incarner au mieux une valeur dans sa manière de vivre et de penser.
Prenons, par exemple, le courage qui est une vertu cardinale du stoïcisme. Le manque de courage est la lâcheté, son excès est la témérité. Le courage est la juste mesure entre ces deux vices. Pour Épictète et les stoïciens, pour atteindre ce qu'ils appellent l'eudaimonia (sentiment de bonheur diffus et interne), il « suffisait » de lier ses actions et ses pensées aux vertus dites « cardinales » (le courage, la sagesse, la tempérance et la justice).
Cette façon de vivre en accord avec des valeurs permet de concentrer son attention sur quelque chose en notre capacité et en notre contrôle. Et ainsi d'éviter la frustration que peuvent générer en nous les désirs inassouvis hors de notre contrôle.
C'est cette manière de vivre et de penser qui peut vous apporter le bonheur, mais aussi la sérénité selon les stoïciens.
Nous venons donc de voir en quoi cette distinction d'Épictète pouvait nous aider à mieux vivre, à gagner en sérénité, à être plus heureux. Mais qu'en est-il en réalité à notre époque ? Sommes-nous capables naturellement de faire cette distinction ?
J'ai tendance à penser le contraire. De nos jours, cette dichotomie du contrôle stoïcien a plutôt tendance à s'inverser. Nous nous éloignons de ce qui dépend de nous et nous nous attachons à ce qui n'en dépend pas.
Ce qui a pour effet de générer :
- de l'anxiété,
- de la tension,
- des difficultés à trouver du sens,
- des dégâts sur notre santé mentale individuelle (et collective).
Une société qui accélère et génère toujours plus de chaos
Nous évoluons depuis des centaines de milliers d'années au gré de la technique. Nous rencontrons des problèmes, nous innovons via la technique (et maintenant la technologie) pour les résoudre, ce qui engendre de nouveaux problèmes. Or, la courbe de création et de résolution de problèmes est une exponentielle qui ne fait que s'accélérer depuis la révolution scientifique. Le XXIe siècle est déstabilisant pour quiconque peine à supporter le changement et l'imprévu.
Pire, depuis le début des années 2020 et la crise du Covid-19, le monde semble plus incertain. Nous avons vu que nos systèmes financier, sanitaire, politique, économique sont fragiles. La guerre a refait son apparition sur le sol européen. Il y a des conflits énergétiques. Des tensions entre les régions du monde qui ont des valeurs, des besoins et des enjeux différents, ce qui pose des problèmes dès lors que nous tentons de résoudre des problèmes globalisés et systémiques comme ceux liés à l'environnement. Et ce n'est qu'une liste non exhaustive des problématiques auxquelles nous faisons face à notre époque.
Internet est l'outil qui a le plus transformé la société ces trente dernières années. Il a permis de connecter le monde entier et d'accompagner la globalisation. C'est une bénédiction pour qui sait l'utiliser pour apprendre, rencontrer des gens intéressants, se développer personnellement. Mais Internet a aussi créé de nouveaux problèmes, comme la prolifération des fake news qui ont un impact concret avec, par exemple, la prétendue manipulation des élections présidentielles dans certains États. Internet a démocratisé l'accès à l'information et à la connaissance tout en rendant difficile de garantir la véracité et la qualité de l'information.
De plus, nous voyons émerger des technologies qui vont avoir encore plus d'impact sur notre manière de vivre, de penser, de travailler comme l'intelligence artificielle, qui, au moment où j'écris ce livre, est en train de prendre d'assaut le monde. Ce qui est à la fois excitant et effrayant.
Aussi stoïciens que nous puissions essayer d'être, en nous appuyant sur l'héritage de penseurs comme Épictète, il est compréhensible que nous soyons perturbés par ces changements rapides ainsi que par les multiples inconnues et zones d'ombre qui semblent émerger aux quatre coins de la planète et d'Internet chaque année.
Mais cette réalité qu'il ne faut pas nier est une raison supplémentaire qui doit nous pousser à faire le tri sur ce qui est dans notre sphère de contrôle et ce qui ne l'est pas. Le risque dans le cas contraire ? Se laisser submerger par des vagues d'anxiété et de dépression.
La montée de l’anxiété et de la dépression
La manière dont vous analysez les événements va avoir un impact direct sur vos émotions puis sur vos comportements et pensées. C'est ce qu'avait compris Épictète en incitant ses disciples à considérer les événements comme neutres. Un événement n'est bon ou mauvais que selon ce que vous allez en faire.
Certes, le monde est incertain, évolue à une vitesse folle et semble parfois à la limite de l'implosion. Mais il ne tient qu'à vous de choisir sur quoi vous allez concentrer votre attention et votre temps. Vous pouvez passer votre vie à vous inquiéter de ce qui est externe à vous ou commencer à vous préoccuper sur ce qui est en vous : vos choix, vos pensées, vos réactions, vos jugements.
L'anxiété et la dépression sont les conséquences d'une attention portée au mauvais endroit.
Je suis anxieux dès lors que j'associe mon état émotionnel à des événements extérieurs à moi et hors de mon contrôle. Prenons les chaînes d'information en continu à la télévision ou le journal de 20 heures. Ce sont des produits qui sont pensés pour capter votre attention (et vous vendre des produits ou des idéologies). Mais aussi des émissions qui ont pour effet de vous rendre anxieux et synthétisant pour vous les pires nouvelles et problèmes que le monde et les hommes ont ou pourraient avoir.
En tant qu'individu, il faut réussir à s'extraire de ses boucles d'information et de pensées pour « retourner en soi ». L'anxiété vous empêche de construire les fondations dont vous avez besoin pour vous développer et avoir un impact positif sur le monde. Cette émotion vous vide de votre énergie créatrice, vous éloigne de votre potentiel et vous fait sentir coupable de tout et de rien.
Être exposé à autant d'informations et de problèmes hors de votre contrôle va vous faire sombrer dans une forme d'apathie nihiliste, ce qui est la première étape vers la dépression.
Selon le psychologue canadien Jordan Peterson, la dépression non clinique intervient quand vous vous sentez bloqué dans votre vie. Quand vous semblez vous éloigner de la personne que vous pourriez devenir, mais vous sentez incapable de vous en approcher. Ou encore, quand vous vous sentez en bas d'une hiérarchie dans un domaine qui est important pour vous.
Prenons, par exemple, le marché des applications de rencontres. Des études montrent que sur les applications de rencontres seuls 5 % des hommes intéressent les femmes. Un homme qui utilise tous les jours ces applications et ne faisant pas partie de ces 5 % va être amené à se poser des questions sur lui-même, sur sa capacité à plaire aux femmes. Il va se sentir « en bas » (alors qu'en réalité il est dans les 95 % restants) de la hiérarchie car l'application lui renvoie le message d'une non-attractivité. L'homme finit par croire qu'il n'est pas attirant, que les femmes sont « méchantes » de ne pas le trouver attirant et son avenir lui paraît sombre (dans ce domaine de vie).
Cela peut être le début d'un cercle vicieux que Peterson appelle la « boucle rétroactive de la dépression ». Cette boucle est provoquée par les interactions entre le corps, le cerveau et la société. Un événement négatif se produit. Votre cerveau vous dit que vous êtes un « raté ». Ce qui a pour effet de vous isoler socialement. Votre corps et votre psyché valident l'information et la dépression s'amplifie.
Pour contrer ce problème, vous pouvez utiliser un modèle inventé par Albert Ellis (1913-2007), un des fondateurs de la thérapie cognitive comportementale qui s'inspire notamment des enseignements de notre cher Épictète : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu'ils portent sur les choses2. »
Albert Ellis a inventé le modèle ABC :
- A : nous vivons une expérience ;
- B : nous ressentons une réponse émotionnelle en lien avec notre interprétation ;
- C : nous pouvons influer sur nos émotions en modifiant nos croyances et interprétations.
Cependant, il arrive que nous soyons submergés par des désirs que nous n'arrivons pas à réguler.
Un désir insatiable et dérégulé
Le désir n'est pas le problème. En tant qu'hommes et femmes nous avons besoin du désir pour avancer dans nos vies. Le désir est le carburant du mouvement.
Le problème est le désir incontrôlé, le désir multiple qui crée la frustration et la paralysie. Comme le dit l'expression, « celui qui court deux lièvres à la fois n'en prend aucun » (Érasme). Il en est de même avec le désir.
Épicure (341-270 avant J.-C.) nous invite à classifier les désirs en trois catégories :
- les désirs naturels et nécessaires : ce sont les désirs nécessaires à la survie (satisfaction des besoins vitaux) ou au bonheur (la suppression de la douleur, la philosophie, l'amitié) ;
- les désirs naturels mais non nécessaires : ce sont les désirs qui ne sont nécessaires ni à la survie ni au bonheur (le désir sexuel ou les satisfactions esthétiques) ;
- les désirs ni naturels ni nécessaires : ce sont les désirs qui ne sont pas appropriés à notre nature (les honneurs, la richesse).
Il est difficile dans nos sociétés modernes de s'imaginer vivre seulement selon les désirs naturels et nécessaires d'Épicure. Mais il peut être pertinent de prendre cette classification comme base pour ensuite catégoriser vos propres désirs.
Je vous propose une deuxième classification du désir, complémentaire à celle d'Épicure :
- des désirs nombreux, non contrôlés et contradictoires ;
- des désirs que l'on limite et oriente dans une direction qui fait sens pour nous ainsi que pour le bien commun (ou pour quelque chose nous dépassant).
Par exemple, je peux avoir le désir de manger une tablette de chocolat en plein milieu d'après-midi. Mais ce désir entre en contradiction avec mon désir de me bâtir un corps athlétique ainsi que celui d'être concentré sur mon travail pendant cette période de la journée.
L'entrepreneur Naval Ravikant a une vision plus bouddhiste du désir en affirmant que « le désir est un contrat que vous passez avec vous-même pour être malheureux jusqu'à ce que vous obteniez ce que vous voulez3 ». Cette vision sous-entend que le désir est forcément quelque chose d'extérieur à nous. Il est extrinsèque : pouvoir m'acheter une nouvelle voiture, par exemple.
Une solution peut être de désirer des choses qui sont intrinsèques, c'est-à-dire qui partent d'une motivation interne. Je souhaite, par exemple, écrire le meilleur livre possible. C'est un désir profond et intrinsèque. Il dépend en grande partie de moi et me donne du sens et du bonheur au quotidien.
Mais force est de constater que notre société est construite autour du désir extrinsèque. Nous ressentons une force extérieure à nous, comme un aimant qui nous pousse à désirer une multitude d'objets de consommation, d'objectifs statutaires ou financiers. L'ego n'est pas étranger à ce phénomène. L'ego, c'est cette conscience d'être quelqu'un, c'est ce qui permet d'être un je. Mais l'ego et le je existent seulement en fonction des autres. L'ego va naturellement se comparer à autrui. Ce qui serait satisfaisant sans la présence des autres devient insuffisant. L'ego nous demande de désirer toujours plus. « L'ego est l'ennemi », nous dit Ryan Holiday4, l'auteur et marketeur américain. Pas toujours mais il l'est dès lors qu'il est associé aux désirs incontrôlés.
Achille et le retour à l'essentiel
Achille, l'homme intentionnel, découvre le stoïcisme et en tire une leçon fondamentale : agir sur ce qui dépend de soi et accepter le reste. Cette philosophie transforme sa vie, lui apportant sérénité, calme et clarté mentale. Désormais, il se concentre uniquement sur l'essentiel pour lui.
Un jour, Achille apprend que l'un de ses proches est atteint d'une maladie grave et incurable. Face à cette nouvelle bouleversante, il met en pratique le principe #2 de la vie intentionnelle en acceptant ce qui est hors de son contrôle. Il choisit de soutenir et d'accompagner son proche dans cette épreuve, en se concentrant sur les aspects sur lesquels il peut agir, comme l'écoute et le réconfort.
Achille est également conscient de l'importance d'accepter son passé et de refuser de se laisser entraîner dans un futur linéaire. Il sait que ses expériences passées ont façonné la personne qu'il est devenu, mais il ne se laisse pas définir par elles. Il n'est pas prisonnier de ses erreurs, car il apprend à les accepter et à en tirer des leçons. Cette acceptation lui permet de vivre pleinement le présent, en se concentrant sur les choses qui dépendent de lui et en lâchant prise sur celles qui lui échappent.
Achille apprend à maîtriser ses émotions, à ne pas être esclave de la colère, de la jalousie ou de la peur. Un jour, un de ses amis lui annonce qu'il a décroché un poste très convoité dans une entreprise prestigieuse. Au lieu d'envier son ami ou de se sentir jaloux, Achille choisit de se réjouir de son succès. Il sait que les opportunités et les réussites des autres ne sont pas sous son contrôle, et il préfère se concentrer sur ses propres objectifs et ambitions.
Il devient un homme apaisé, maître de ses émotions et de ses actions. Il sait quand agir et quand accepter, et cette compréhension lui apporte une profonde sérénité. En se concentrant sur ce qui dépend de lui et en acceptant le reste.
Retrouvez du calme et de la sérénité
En 2014, l'auteur américain Ryan Holiday publie son troisième livre, L'obstacle est le chemin5, son premier ouvrage consacré au stoïcisme.
À 28 ans à l'époque, il a connu un début de carrière tonitruant, avec notamment un poste de CMO (Chief Marketing Officer) chez American Apparel6 (à 20 ans) et édité deux best-sellers dans le domaine du marketing et des médias7.
Holiday était donc un petit génie du marketing qui en parallèle publiait sur son blog personnel. C'est sur ce blog qu'il commença en 2013-2014 à écrire sur une philosophie datant de l'Antiquité gréco-romaine : le stoïcisme.
En lisant ses articles de cette époque, nous pouvons sentir chez l'écrivain et marketeur les prémisses d'une crise existentielle. Il se demande comment gérer son nouveau statut, que faire de tout l'argent gagné si jeune, comment ne pas se perdre dans une vie qui ne serait pas la sienne. Le stoïcisme a apporté des réponses à ses problématiques intemporelles.
Et il ne semble pas être le seul à voir l'utilité des principes stoïciens pour naviguer dans notre monde moderne. En effet, Ryan Holiday vend des millions d'exemplaires de ses livres sur le sujet. Il est aussi le créateur d'un média, « The Daily Stoic », qui est suivi par plusieurs millions de personnes sur Internet.
Mais comment expliquer le succès d'une philosophie créée il y a plus de 2000 ans ?
La société occidentale nous permet de jouir d'un confort jamais atteint, mais ce progrès ne s'est pas obtenu sans revers de médaille. Ce confort tend parfois à nous desservir, puisqu'il fait, pour certains de nous, des consommateurs passifs et anesthésiés qui perdent toute envie de se dépasser, de vivre selon un idéal, d'avoir des valeurs transcendantes, etc.
Le stoïcisme est un antidote à la société du confort. C'est une philosophie qui responsabilise en partant du principe que nous sommes maîtres de notre bonheur ou malheur dans un monde qui a tendance à pointer du doigt un « méchant » qui serait source de nos maux. Elle propose un cadre à travers des principes et des valeurs.
Mais le stoïcisme permet également de retrouver du calme et de la sérénité dans un monde instable et chaotique comme nous l'avons vu un peu plus haut.
Justement, dans son ouvrage Le calme est la clé8, Ryan Holiday propose des solutions pour être plus serein, calme et en paix.
Tout commence par la distinction de ce qui est en votre contrôle et de ce qui ne l'est pas, comme nous l'avons vu avec Épictète. Vous contrôlez vos actions, vos jugements des situations et événements, vos réactions. Les résultats de vos actions sont partiellement sous votre contrôle. Tout le reste ne l'est pas.
Cette distinction vous permet de mettre de l'ordre dans votre vie. C'est la base d'une vie sereine et calme. Vous pouvez ensuite interpréter les événements de votre vie de façon neutre et tirer le meilleur de ceux-ci. Votre pensée devient un empire, vous ne vous laissez plus parasiter par des boucles de pensées négatives.
Vous avez à votre disposition des outils simples pour créer les conditions d'accès à ce calme et cette paix intérieure.
Les stoïciens étaient de fervents pratiquants du journaling. Le journaling est l'art de poser ses pensées sur papier et d'étudier ses émotions et actions. Vous pouvez commencer ou terminer vos journées par cette pratique. Posez-vous des questions sur ce que vous avez vécu récemment. Préparez-vous mentalement pour la journée à venir. Examinez vos actions et émotions de la journée qui se termine.
La méditation est un autre moyen d'atteindre la clarté de l'esprit et la sérénité. Les stoïciens faisaient des préméditations au cours desquelles ils imaginaient des événements difficiles qui pourraient advenir afin de s'y préparer, par exemple la perte d'un être proche ou une faillite personnelle. Vous pouvez aussi pratiquer la méditation comme les moines bouddhistes qui se concentrent sur leurs respirations et observent leurs pensées comme des nuages qui viennent et partent dans le ciel.
Enfin, la solitude et la marche dans la nature sont d'excellents alliés pour enlever le brouillard que vous avez dans la tête et sortir de la cohue hyperconnectée dans laquelle vous vivez. Prenez l'habitude de sortir. Marchez sans votre téléphone. Observez la nature, le monde autour de vous et essayez de vous connecter à celui-ci.
Retrouver le calme et la sérénité est le bienfait principal de notre principe #2. Ce qui va vous permettre de revenir avec aisance à ce qui est essentiel pour vous.
Revenez à ce qui est essentiel pour vous
Les finances personnelles et l'investissement peuvent vous apprendre à simplifier votre existence et à vous concentrer sur l'essentiel.
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux finances personnelles, j'ai rapidement constaté que la stratégie optimale était simple pour investir son argent. Il suffit d'investir sur un horizon long terme (plus de vingt ans) et de placer chaque mois des sommes équivalentes avec la technique du dollar cost average (DCA). Placez votre argent dans des produits financiers simples tels que les assurances-vie et des fonds indiciels et vous aurez des rendements supérieurs au marché tant que vous ne dérogez pas aux deux règles fondamentales de l'horizon long terme et du DCA. C'était mon paragraphe « La finance pour les nuls » ; ne me remerciez pas, c'est cadeau.
En résumé, le meilleur comportement à adopter est celui qui simplifie vos actions et décisions.
Tout comme aucun conseiller en finances (dont c'est le gagne-pain) ne vous dira de vous contenter de la stratégie que je vous propose, la société n'est pas pensée et n'a pas intérêt à ce que vous vous simplifiiez la vie. Par exemple, il est peut-être dans votre intérêt de consommer moins dans des produits de consommation, mais l'économie a besoin de vous faire consommer et que l'argent circule pour croître.
Un de mes philosophes préférés, Henry David Thoreau, avait déjà eu la même analyse il y a deux cents ans. Il sentait bien que ses intérêts et ceux de la société étaient désalignés. Il décida de simplifier son existence matérielle au maximum en construisant par lui-même une cabane dans laquelle il vécut pendant plus de deux ans, dans une forêt en marge de Concord, dans le Massachusetts. Son but était de montrer à ses contemporains qu'il était possible de vivre ainsi sans avoir à travailler six jours sur sept et sans sentir le besoin de gagner un salaire pour le dépenser dans des futilités. Son mantra était : « Simplifier, simplifier, simplifier9. »
Ce qui m'amène au minimalisme, ce mode de vie basé sur la réduction du nombre de ses possessions matérielles. En 2021, j'ai profité d'un déménagement et de mon départ de France pour faire un grand tri de mes possessions matérielles, en particulier de mes vêtements. Comme beaucoup, j'avais accumulé au fil des années sans prendre le temps de faire le tri. J'ai fini par partir avec un sac à dos et une petite valise cabine seulement.
Au-delà de la flexibilité que j'ai gagnée pour me déplacer, réduire mon nombre de possessions me permet de me sentir moins encombré dans ma tête.
Le minimalisme vous permet d'avoir un meilleur rapport avec vos possessions matérielles. Mais aussi de recentrer votre attention sur les expériences de vie qui, contrairement aux possessions, vous offrent des souvenirs qui ont une valeur inestimable dans le temps.
Revenir à l'essentiel est un acte de résistance à notre époque. Avec la vie intentionnelle et ce principe vous avez de quoi déterminer ce qui est essentiel pour vous.
Devenez votre propre thérapeute existentiel
Le stoïcisme est omniprésent dans ce principe car il a changé ma vie et j'aimerais qu'il ait de l'impact dans la vôtre. En 2021, j'ai eu besoin de retourner puiser dans les écrits de Sénèque, Épictète et Marc Aurèle pour retrouver du sens et de la sérénité dans ma vie à la suite d'une mauvaise passe. Mais plutôt que de me contenter de lire, j'ai décidé de penser et de vivre tel un stoïcien pendant deux mois.
J'ai profité de mon départ à l'étranger et du mois d'août plus calme dans mon activité de coaching pour m'imprégner des principes et des modèles de pensées de cette philosophie. Précision qui a son importance, je vivais pendant ce mois entouré de huit autres personnes en colocation en Géorgie. Chaque matin, je lisais des textes, je prenais des notes, j'essayais de comprendre les subtilités qui m'échappaient. Puis le reste de la journée, je mettais en pratique ce que j'avais lu et appris à travers des exercices concrets. Parmi eux, j'ai décidé de ne pas boire d'alcool pendant un mois ; j'ai analysé mes émotions dans un journal chaque jour ; j'ai essayé de voir chaque événement comme neutre et comme une opportunité d'apprendre.
Une fois le premier mois terminé, je me suis retrouvé seul dans la capitale géorgienne, Tbilissi. C'est à ce moment que je me suis rendu compte de la puissance de ce challenge. Ma santé mentale, qui fluctuait avant mon départ à l'étranger, était bien meilleure. J'étais bien plus calme, résilient, responsable de ce qui m'arrivait. J'avais pris l'habitude presque automatiquement de mobiliser les modèles de pensée stoïciens comme celui de la dichotomie du contrôle. L'expérience s'est révélée une véritable autothérapie.
L'étude de la philosophie antique gréco-romaine m'a confirmé cette découverte. En effet, aussi bien la philosophie de Socrate, au IVe siècle avant J.-C., que le stoïcisme, au IIe siècle après J.-C., avaient pour objet premier le soin, la thérapie de l'âme. Elle se concentre sur le bien-être de l'individu et son élévation. Elle est donc à la fois une thérapie et un outil de développement personnel.
C'est pour cela qu'à travers ce livre, je vous invite à un « retour à soi » et à une sortie de la « vie selon les autres ». Parmi ce qui est essentiel à une existence humaine, la santé mentale et le développement personnel et spirituel tiennent une place importante.
Nous trouvons d'ailleurs de nombreux liens entre la philosophie, la psychologie et la psychanalyse. Irvin Yalom, un psychothérapeute et auteur américain est connu pour avoir créé la thérapie existentielle qui permet à ses patients – de manière individuelle ou en groupe – de retrouver du sens à leur vie et ainsi de mieux vivre. Ce lien est parfaitement illustré dans son roman Et Nietzsche a pleuré10 dans lequel il met en scène Nietzsche et indirectement Freud et son mentor Breuer qui vont inventer la psychanalyse, ou ce qu'ils appellent la « thérapie de l'âme », à partir de leurs idées respectives.
Une approche complémentaire est de prendre soin de votre repos et de votre récupération active. En effet, il est impossible de mener une vie intentionnelle qui vous offre de la sérénité si vous ne savez pas réduire l'intensité et le bruit que vous trouvez autour de vous et en vous. Pour cela, revenez aux fondamentaux de l'énergie et de la santé que sont le sommeil, la nutrition et le mouvement.
Soignez votre sommeil avec un minimum de sept heures de sommeil par nuit (pour cela, vous avez besoin de huit heures dans votre lit). Faites de l'activité physique tous les jours avec au moins une marche pendant trente minutes. Mangez un maximum de produits non transformés. Je ne suis pas coach en santé, mais c'est la base minimale que trop peu d'hommes et femmes de notre époque arrivent à tenir. À cela, vous pouvez ajouter des soins une ou deux fois par mois comme des massages, des saunas, des randonnées dans la nature.
En vous voyant comme votre propre thérapeute prenant soin de votre corps et de votre esprit, vous allez grandement améliorer la qualité de votre vie. Ce qui nous permet de revenir vers votre futur, vos intentions et vos objectifs.
Façonnez votre futur dans le présent
Roger Federer est une légende du tennis. Il a beaucoup à nous apprendre sur l'approche que nous pouvons avoir avec notre vie, nos intentions et nos objectifs.
Lorsque Federer voulait frapper un coup droit « gagnant », visant à mettre hors de portée son adversaire, le Suisse devait se comporter tel un stoïcien. Le passé ne devait pas compter, il devait oublier le score, la fatigue, le stress, l'enjeu, etc. De même avec le futur qui ne doit pas interférer avec la situation présente : frapper son coup droit en pensant à la conséquence future de celui-ci est le meilleur moyen de le rater.
Les joueurs de tennis se battent constamment avec eux-mêmes pour rester dans le moment présent. C'est pour cela qu'ils ont tous des routines plus ou moins « étranges » pour le néophyte. La raison est ce besoin de rentrer dans sa bulle, d'être dans le flow du moment présent, de réduire l'importance des enjeux en les banalisant via les rituels répétés des dizaines de milliers de fois au cours d'une carrière.
Au tennis, le meilleur moyen d'obtenir un résultat futur souhaité (un coup réussi, une victoire, etc.) est de se focaliser sur le présent et sur ce qui est en notre contrôle : l'application de tout le nécessaire pour effectuer le meilleur coup droit possible. Mais en réalité, cela ne suffit pas. Pour frapper le meilleur coup droit à l'instant t, le tennisman est plongé dans un processus mêlant passé, présent et futur.
Pour mieux le comprendre, prenons l'image de l'archer, exemple souvent utilisé par Épictète. Pour atteindre sa cible, l'archer doit :
- s'être entraîné dans le passé pour avoir la capacité technique, mentale et physique d'y parvenir ;
- se plonger dans le moment présent pour faire le meilleur tir possible ;
- s'être projeté dans le futur afin de déterminer son intention, définir quelle cible valait la peine de s'entraîner puis tirer sa flèche.
Si l'on revient à Federer, pour devenir ce joueur d'exception, il a donc dû :
- s'entraîner depuis son enfance pour atteindre un certain niveau qu'il a cherché à améliorer tout au long de sa carrière ;
- se plonger dans le moment présent autant que possible à chaque coup joué, match, tournoi, etc. ;
- avoir défini des intentions, des objectifs tout au long de sa carrière (se mettre au tennis, devenir pro, vouloir gagner un Grand Chelem, essayer de devenir le plus grand joueur de l'histoire, etc.) conditionnant la direction que le processus devait prendre.
C'est grâce à ce triple exercice temporel que l'on peut influer sur son destin.
William Irvine dans A Guide to the Good Life: The Ancient Art of Stoic Joy11 transforme la dichotomie du contrôle d'Épictète en trichotomie du contrôle. Il conserve l'idée selon laquelle nous avons un contrôle sur nos jugements, nos réactions et nos actions. Puis il sépare en deux catégories les choses sur lesquelles nous n'avons pas de contrôle :
- les choses sur lesquelles nous n'avons vraiment aucun contrôle ;
- les choses sur lesquelles nous avons un contrôle partiel (comme gagner un match de tennis).
Dans cette deuxième catégorie, il faut distinguer ce que nous contrôlons et définir des objectifs internes. En effet, un objectif peut être interne ou externe. Quand Roger Federer joue un match de tennis, vouloir le remporter est un objectif externe. Il a un contrôle partiel sur cet objectif. En revanche, il peut avoir des objectifs internes pour ce match, comme celui d'essayer de jouer avec une certaine tactique ou d'essayer un coup travaillé à l'entraînement pour mesurer son efficacité.
Une fois que la balle part de sa raquette, il n'a plus de contrôle sur l'issue de ce coup, mais il ne tient qu'à lui de maximiser les chances de réussite de celui-ci.
Ayant moi-même joué au tennis en compétition durant mon adolescence, j'aurais aimé avoir en tête ce principe stoïcien. En effet, il m'est arrivé maintes fois de me concentrer sur l'objectif externe et le résultat final d'une action (ou d'un match) et d'en oublier ce sur quoi j'avais un véritable contrôle. Par ailleurs, ce qui est ironique, c'est qu'en pensant ainsi je réduisais bien souvent mes chances de succès, car le stress de l'objectif externe impactait mes capacités (et ma progression).
Cet exemple tennistique est représentatif de ce que vous pouvez tous vivre dans vos vies personnelles et professionnelles. Vous avez des objectifs qui vont orienter votre futur, des briques d'expériences et connaissances qui proviennent de votre passé et enfin votre présent pour agir avec concentration.
Voyez votre vie comme un processus mêlant à la fois votre passé, votre présent et votre futur.
Acceptez votre passé mais refusez votre futur
Nous venons de voir que le futur se façonne dans le présent.
Mais je ne peux pas conclure ce principe #2 sans vous inciter à refuser certains futurs qui vous semblent inéluctables ou mener une vie sans pleinement accepter votre passé. Les regrets du passé et l'anxiété quant à l'avenir doivent être combattus et réduits au maximum.
Il se trouve que le philosophe allemand Nietzsche a beaucoup à nous apprendre là-dessus. Avant de parler de ses idées, il faut étudier sa vie. Nietzsche a vécu une existence que personne n'aurait envie de vivre en termes de santé physique et mentale. Il a dû quitter son emploi de professeur de philologie à Bâle avant ses 30 ans à cause de diverses maladies handicapantes (migraines constantes, troubles oculaires et gastriques, problèmes digestifs et syphilis). Nietzsche va frôler la mort à plusieurs reprises et va devoir écrire ses livres durant les brefs interludes le laissant en capacité de penser et d'écrire. Concernant la maladie elle-même, Nietzsche a écrit ceci : « Et pour ce qui est de ma longue maladie, ne lui dois-je pas beaucoup plus qu'à ma santé ? Je lui dois une santé supérieure, une santé qui se fortifie de tout ce qui ne la tue pas ! – Je lui dois aussi ma philosophie12… »
Nietzsche était un homme fort dans sa jeunesse, affaibli physiquement par la maladie, mais d'une vigueur et d'un courage intellectuel rarement atteints. Il utilisa ces épreuves pour comprendre l'impact qu'un corps malade peut avoir sur l'esprit. Pour lui, le corps et l'esprit sont intimement liés. Ce qui le poussa à marcher de longues heures chaque jour, à se mettre en mouvement tout au long de sa vie quand sa santé le lui permettait. Et ainsi, produire des « idées qui valent la peine » : « Seules les pensées qu'on a en marchant valent quelque chose13. »
Combinons cette biographie du philosophe allemand à un de ses concepts phares : l'amor fati ou l'acceptation de son destin. Sa pensée est un grand « oui » à la vie et à l'existence tout entière. Loin d'être un fatalisme ou une résignation passive, amor fati invite à une acceptation joyeuse de ce qui est. En plus de l'accepter, Nietzsche, à travers cette locution latine, incite à aimer ce destin, notre destin.
Le philosophe allemand est donc le parfait représentant de notre principe #2 puisque :
- d'un côté, il acceptait la réalité de sa situation, du cours de sa vie ;
- de l'autre, il refusait d'en faire une fatalité, se battant ardemment pour écrire ses œuvres et séparer le bon grain de l'ivraie, entre ses pensées « malades » et ses pensées « vigoureuses ».
À notre époque, nous aurions intérêt à nous inspirer de cette pensée paradoxale d'acceptation et de refus. Prenons un exemple contemporain allant dans le sens opposé à la pensée du philosophe allemand. Nous vivons une période où l'obésité (ou du moins le surpoids) devient la norme dans de nombreux pays. Rien d'étonnant quand il est plus simple d'acheter de la nourriture transformée de mauvaise qualité que de la nourriture saine et que le Coca-Cola coûte moins cher que l'eau dans certains pays… Bref, nous sommes une génération en mauvaise santé physique. Le « modèle économique » de notre société n'incite pas les individus à vivre en bonne santé.
Dans le même temps, nous voyons deux visions du monde s'opposer à coups d'influences Instagram et de propagandes publicitaires :
- celui qui prône un corps mince et athlétique, le monde du fitness et ses muscles de dieux grecs ;
- la montée du « body positivisme » qui est une philosophie de l'acceptation et de la fierté de son corps tel qu'il est.
Il me semble juste d'aider des hommes et des femmes à accepter leurs situations présentes, à ne pas les ostraciser ou à les pointer du doigt à cause d'un physique non optimal pour la santé. Néanmoins, il est dangereux de conforter et d'encourager ces personnes dans leurs mauvaises habitudes alimentaires et/ou sportives. Être en surpoids n'est pas une bonne chose. L'obésité est une maladie.
L'acceptation de son état présent ne doit pas être un prétexte de fuite en avant. Il doit donner la force à celui qui accepte sa situation présente, de la refuser comme étant inéluctable dans le futur. Mais politiser la santé en faisant passer l'obésité pour quelque chose de « sain » et d'acceptable est un indicateur d'une société malade n'ayant pas ses intérêts alignés avec ceux des individus la composant. La santé est le cas d'école d'un pan de notre vie qui est partiellement sous notre contrôle. Il est en partie de notre ressort de vivre d'une manière à être en bonne santé mentale et physique.
Agissez sur ce qui dépend de vous et acceptez ce que vous ne pouvez pas contrôler.
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Manuel d'Épictète [125 après J.-C.], trad. : Emmanuel Cattin, Garnier Flammarion, 1999.↩
Manuel d'Épictète, op. cit.↩
https://twitter.com/naval/status/846774878195757057↩
Ryan Holiday, L'ego est l'ennemi, Alisio, 2018.↩
Ryan Holiday, L'obstacle est le chemin, Alisio, 2019.↩
Entreprise de prêt-à-porter dont les campagnes pub ont suscité des controverses.↩
Ryan Holiday, Growth Hacker Marketing : A Primer on the Future of PR, Marketing and Advertising, Profile Books, 2014 et Croyez-moi je vous mens : Confessions d'un manipulateur des médias, Éditeur Globe, 2015.↩
Ryan Holiday, Le calme est la clé, Alisio, 2021.↩
Henry David Thoreau, Walden ou la Vie dans les bois [1854], trad. : Brice Matthieussent, Le Mot et le Reste, 2017.↩
Irvin D. Yalom, Et Nietzsche a pleuré [1992], trad. : Clément Baude, Le Livre de poche, 2010.↩
William Irvine, A Guide to the Good Life: The Ancient Art of Stoic Joy [2008], OUP USA, 2009.↩
Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles [1888], trad. : Henri Albert, Gallimard, « Folio Essais », 1988.↩
Ibid.↩